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Le chasseur et sa proie

 

Lors de chaque main, il y a un chasseur, celui qui a la meilleur main, et une ou plusieurs proies. Le chasseur va essayer de prendre le plus d'argent à ses proies, et les proies vont essayer de s'échapper. Et vous, dans quel camp êtes-vous ?" 

 

Au poker, la force des mains possibles n'est souvent pas absolue. En dehors des nuts et de la main la plus faible, il y aura toujours une main plus faible et une main plus forte que la notre. Plus la force de la main est proche du "max", moins il y a de chances qu'un joueur ait une main meilleure que la notre, et réciproquement.

Cependant, quand on prête attention à l'enchaînement des mises, et au comportement général des adversaires, il se peut que l'on arrive à conclure que notre main qui est la troisième main la plus forte est finalement et malheureusement très certainement battue.

Lors de chaque main, il y a un chasseur, celui qui a la meilleur main, et une ou plusieurs proies. Le chasseur va essayer de prendre le plus d'argent à ses proies, et les proies vont essayer de s'échapper. Un premier écueil est que les choses ne sont pas claires. Il n'a pas d'étiquette sur chaque joueur ou au dos des cartes privatives. Une première habilité va consister à savoir situer sa main.

La seconde subtilité va être d'obtenir le maximum de profits lorsque l'on est en position de force, et de réduire les pertes lorsque l'on est en position de faiblesse. 
La nature des différentes actions des joueurs (miser, payer, relancer ou se coucher), et la hauteur des mises en fonction de la taille du pot et de la hauteur des tapis va être la base de la réflexion pour apprendre à se situer. Elles vont permettre d'apprendre à connaitre les joueurs et leurs habitudes. Mais elles vont aussi avoir une influence sur les mains qui restent en course pour gagner le pot. Et cela a toute son importance.

Exemple:

Nous avons AK sur un flop A-8-3 dépareillé.

Notre main est en position de force contre AQ, AJ, AT, A9 et toutes les paires inférieures.

Par contre, notre main est en grande difficulté contre AA, 88, 33, A8, A3, 83.

Toute la subtilité va consister à doser l'action pour ne pas faire se coucher les mains que l'on bat, tout en leur faisant payer le maximum, et d'éviter d'engraisser une main plus forte qui se retrouverait par malheur avec nous. En fonction de notre main, il va falloir trouver la "ligne" de jeu la plus adaptée pour maximiser les gains et minimiser les pertes. Le but du jeu va aussi être de déterminer dans quelle catégorie nous nous trouvons. Chasseur ou Chassé ?

Pour reprendre l'exemple précédent, en considérant que nous et nos adversaires avons des images solides, si nous misons le pot au flop et que nous sommes payés, que nous faisons de même au turn pour le même résultat, et qu'un valet tombe à la rivière il devient vraiment douteux de miser de nouveau à la rivière. En effet, l'adversaire a sans doute compris que nous avions l'as, et même un très bon kicker pour remiser à la turn. Il a donc sans doute lui aussi au moins un as très bien kické pour payer au turn. Sans doute mieux que AT. Or nous sommes désormais battu par AJ, nous partageons avec AK. En fait, nous ne battons plus qu'AQ. Mais nous n'avons sans doute pas fait fuir les doubles paires et les brelans. En fait, par notre action, nous avons sans doute épuisé le potentiel de notre main. C'est à dire qu'il n'y a plus de mains moins fortes susceptibles de nous payer à la rivière. Si notre adversaire mise à la rivière, il est vraiment improbable que nous ayons la meilleure main. Nous ne battons plus qu'un bluff. Nous avons peut-être attaqué trop fort trop vite.

Bien sûr, tout n'est pas si limpide. Cet exemple assez simple n'est pas une ligne de conduite générale à adopter, car elle dépend de l'adversaire. Nous trouverons des joueurs qui paieront une relance preflop avec AT, puis trois mises au flop, turn et rivière s'ils touchent leur As, et d'autres qui ne paieront jamais une relance preflop avec AJ. Dans ce cas, cela change le type de mains que nous avons potentiellement en face de nous, et les profits que nous pouvons espérer réaliser avec notre main. L'observation de l'adversaire et de ses habitudes doit nous permettre de décider de la meilleure stratégie à chaque tour de mise.

Preflop, vérifiez que le terrain est propice aux armes que vous possédez.

Le poker est un jeu à information incomplète. Il est donc difficile de savoir si l'on est chasseur ou chassé. Néanmoins, dès que le l'on reçoit ses cartes, il faut essayer de planifier le coup, et bien avoir en tête le potentiel de sa main. Est-ce une main pour gagner un petit pot ou un gros pot ? Contre quel type de main avons-nous envie de jouer ? Notre main est-elle faite pour gagner à la rivière (suited connector, Ax assortis, et mains à tirage en général) ou pour gagner le coup très tôt avec une grosse relance (grosses paires et As très bien accompagnés) ? Notre main se joue-t-elle mieux avec une grosse profondeur de tapis ou avec un tapis reduit ? Toutes ces considérations sont très importantes et doivent nous aider à choisir la bonne action à chaque fois que la parole nous revient.

En règle générale, les grosses mains de départ perdent de leur valeur au fur et à mesure que de nouvelles cartes apparaissent au tableau. Preflop, la paire d'as est la meilleure main possible. A la rivière, si elle n'a pas amélioré, la paire d'as ne vaut ... qu'une paire. AK est une des meilleures main de départ, mais si elle rate son flop contre 2 ou 3 adversaires, il y a de grandes chances qu'elle soit passé loin derrière plusieurs mains. JJ est également une très bonne main de départ, mais elle perd de sa force au fur et a mesure que des overcards apparaissent au tableau. Bref, les meilleures mains de départ doivent être protégées, et aiment gagner le coup rapidement, avant que les mains potentielles aient tenu toutes leurs promesses.

Au contraire, les mains à tirage qui commencent assez bas dans l'échelle de valeur des mains de départ peuvent évoluer vers de très beaux jeux. Elles ont besoin de voir des flops, des turns et des rivers pour les aider à grandir. Avec cette catégorie de mains, avant d'engager une partie importante de son tapis, il faut soit être sûr que la main a de bonne chances d'évoluer vers un bon jeu, soit s'assurer que l'on a de bonnes chances de bluffer le coup.

Par exemple, avec 7 et 5 assortis, nous allons gagner un gros pot en touchant notre quinte sur un board assez bas contre des overpaires ou des brelans.  Comme nous ferons quinte assez rarement, il est intéressant de rentrer dans le coup pour une somme faible, et il est intéressant d'avoir beaucoup d'adversaires:

- nous ne craignons pas d'être battus car notre main est faible, nous la jetterons facilement si nous ne touchons pas. Elle n'a pas besoin d'être protégée.

- si nous touchons notre quinte, nous aurons un jeu très fort qui ne craint pas grand chose, et peut être rien du tout.

- nous avons besoin qu'un de nos adversaires ait un gros jeu pour nous payer. Plus ils sont au départ, plus il y a de chances que l'un deux ait un bon jeu.

Comme notre main est une main à tirage, nous voulons avoir une bonne position pour savoir si cela vaut le coup de payer pour compléter le tirage. Nous voulons aussi avoir une grande profondeur de tapis pour qu'il reste beaucoup d'argent à gagner quand nous aurons touché notre jeu. Enfin, nous préférons toucher une quinte, moins visible, et plus forte. En effet, il y aura toujours des risques de jouer contre une meilleure couleur qui nous fera perdre beaucoup, ou qu'un joueur améliore vers une meilleure couleur.

Le second avantage d'être en position concerne la facilité à faire payer notre très bon jeu. Si un adversaire mise au turn alors que nous venons de toucher notre quinte, nous pouvons le relancer immédiatement, ou juste payer dans l'espoir qu'il mise à nouveau à la rivière. Si nous sommes hors position et que nous touchons notre quinte au turn, checker pour ne pas effrayer l'adversaire ou pour lui faire un check raise peut avoir de très mauvaises conséquences:

- l'adversaire peut checker derrière nous au turn (et obtenir une carte gratuite pour essayer de nous battre), puis simplement payer notre mise à la rivière que nous auront du mal à calibrer pour maximiser notre profit. Quelle est la force du jeu de l'adversaire ? Jusqu'à combien est il prêt à payer ?

Quand nous sommes en position, nous savons beaucoup mieux estimer les intentions de l'adversaire car l'adversaire parle avant nous.

Enfin, le dernier avantage d'être "en position", est que dans l'éventualité où la plupart des adversaires donne l'impression d'avoir manqué le flop, nous pourrons essayer de voler le coup en misant, ce qui va augmenter notre rentabilité avec les mains potentielles.

Postflop, réévaluez la situation, et accumulez les informations.

A chaque étape posons-nous les questions suivantes:
- Quelles mains battent la mienne ?
- Quelles mains sont moins fortes que la mienne ?
- D'après les différentes actions qui ont précédé, suis je plutôt chasseur ou chassé ?
- Quelles cartes aimerais-je voir arriver au turn ou à la rivière, et quelles cartes n'aimerais-je pas voir tomber ?
- Comment gagner le maximum contre les mains que je bats ? Ces mains ont elles beaucoup de cartes pour s'améliorer ?
- Comment est sensé se comporter mon ou mes adversaires s'ils ont bien les mains que je leur attribue ?
- Si je me sens fort, mon adversaire est-il susceptible d'avoir un bon jeu pour me payer ou dois-je plutôt le rassurer pour l'attaquer plus tard ? Mon adversaire est il "bluffeur" auquel cas il est plus rentable de lui donner une chance de miser en bluff ?

En d'autres termes, il faut vérifier que nous sommes toujours en bonne situation. Si la situation est incertaine, il vaut mieux vérifier que nous pourrons nous échapper à moindre frais. Dans certaines situations, il sera possible d'effrayer l'adversaire en se montrant plus fort que nous ne le sommes réellement, mais cela ne marchera pas toujours. En fonction de la situation, nous devons être très précis dans les actions que nous entreprenons.

Apprenons à connaître nos proies, leurs habitudes, leur réactions. Cela nous évitera de nous laisser surprendre par un gibier plus rusé que nous ne l'imaginions. Tôt ou tard, il se produira une situation favorable. Amusons nous dans cette traque, et ne soyons pas pressés de terminer le travail. Chaque main n'est qu'une manoeuvre, le poker est un jeu à long terme.

Vérifions également que nous contrôlons le cours des évènements et que incitons les adversaires à se comporter dans notre intérêt. Vérifions régulièrement que nous ne sommes pas entrain de nous faire manipuler.

A force de persévérance, nous saurons devenir un chasseur efficace, et devenir une proie insaisissable. Bonne chasse !!

 



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