
Jean Paul Renoux est professeur à l'école française de poker (EFP) et traducteur du livre " Harrington Expert Strategy for No-Limit Tournaments vol.3 ". Il a été le "challenger" lors d'un défi mené par l'EFP sur la gestion de efficace de bankroll et a ainsi montré qu'on pouvait, par des sit n gos, être gagnant sans même risquer d'être "broke" (
voir son article sur son blog)
Au cours de ce défi, il n'abordait pas ou peu sa stratégie de jeu. Avec ce livre (son premier), vous allez pouvoir la connaitre, en détail.
Chip Lead Poker : Comment avez-vous découvert le poker et effectué votre apprentissage ?Jean Paul Renoux : Bonjour ! J’ai découvert le poker dans les années 60 (eh oui !). Le seul qui se jouait à l’époque en France, le « fermé ». Je jouais beaucoup aussi à l’époque au tarot, au rami. Ensuite pendant pas mal d’années, consacrées à une vie familiale et professionnelle, j’ai joué aux échecs, et surtout au bridge de compétition. J’ai découvert le poker ouvert, le Holdem, surtout quand j’ai appris que Michel Abecassis, un modèle pour moi au bridge, s’y consacrait à plein temps. Je me suis renseigné sur ce jeu, ai acheté quelques livres, pris des cours avec François Montmirel, et ai décidé de m’y consacrer à plein temps depuis mi-2005.
CLP : Qu'est-ce qui vous a séduit dans le format SNG ?JPR : J’ai très vite compris que le poker était un jeu excessivement complexe, qui demande un apprentissage rigoureux, et une longue pratique avant de devenir une activité profitable, en plus d’un loisir passionnant. J’ai donc dès le début décider de ne jamais investir un euro dans le poker, mais de valider que j’étais capable d’apprendre, tout en constituant un capital-jeu progressivement, grâce à mes gains, ce que j’ai fait. Internet offrait cette possibilité, et en particulier les Sit & Go, que j’ai pu pratiquer gratuitement pour apprendre, puis gagner des cents, qui sont devenus des dollars grâce aux parties « shasta » sur
everest. J’ai assez vite remarqué que la plupart des adversaires avaient peu ou pas de réflexion sur le jeu, et que même, plus tard sur les plus grosses parties, beaucoup n’avaient pas conscience des importantes différences stratégiques entre les Sit & Go, les grands tournois et le cash-game.
CLP : Il était question de traduire SNG Strategy de Collin Moshman, lui-même francophone et francophile était très enthousiaste à cette idée. Finalement, qu'est-ce qui a donné lieu à la publication de Poker SNG ?JPR : J’ai bien sûr été un des premiers Français à commander aux US le livre de Collin. J’y ai trouvé des idées intéressantes, mais pour être franc, il m’a laissé sur ma faim au niveau de la réflexion stratégique. Il faut dire qu’à ce moment, j’étais en train de terminer la traduction du magnifique « Harrington Expert Strategy for No-Limit Tournaments vol.3 ». La question d’une traduction du livre de Moshman s’est posée, mais nous sommes rapidement arrivés à la conclusion, avec mon éditeur François Montmirel, qu’un ouvrage plus fondamental et plus pédagogique avait largement sa place dans la collection « Poker Expert ». Poker Sit & Go (soit dit en passant le n° 13 de la collection, ça m’a fait très plaisir en tant que membre de Marseille Holdem) se veut le complément pour les Sit & Go aux livres de Dan Harrington. Je dirais que le livre de Collin Moshman me semble un excellent complément au mien, qui parle de stratégie et de tactique, alors que lui parle tactique et technique. En synthèse, je dirais que j’ai cherché à apprendre à mes lecteurs à pêcher, plutôt que leur donner quelques poissons !
CLP : Revenons un moment sur la "polémique" (ou le bashing, c'est selon) suscitée sur Club Poker en réaction à votre "légitimité" et votre approche des SNGs turbo. Comment voyez-vous la chose ? Qu'avez-vous à dire à vos détracteurs ?JPR : Je respecte profondément Laurent et Club Poker, dont je suis d’ailleurs membre depuis longtemps. En revanche, je préfère ne pas faire de commentaire sur la forme que certains membres du forum utilisent, et pas seulement envers moi. Les critiques m’intéressent, pas les insultes… Concernant les Sit & Go turbo, je me suis longuement expliqué sur mon blog (http://jupiter.ecolefrancaisedepoker.fr). Je ne vais pas apprendre aux lecteurs de ChipLead qu’une structure profonde favorise un poker réfléchi, varié et de qualité. De ce point de vue, le turbo est essentiellement pour les sites une manière d’augmenter leurs bénéfices par des prélèvements plus rapides. Les turbos sont par ailleurs une très mauvaise école pour se préparer aux plus grands tournois, dans la mesure où ils ne laissent pas le temps de pratiquer un poker subtil, en particulier post-flop. En revanche, il est vrai que certains rares spécialistes, des « grinders », gagnent leur vie en pratiquant un poker mécanique, robotisé, afin de profiter des nombreuses erreurs commises par tous ceux qui le pratiquent de façon plus ludique. Ce n’était évidemment pas à eux que mon livre s’adressait.
CLP : Question de Mitche sur le forum Marseilleholdem : Vous n'avez plus de courbe Sharkscope, c'est que vous avez demandé qu'on l'enlève, mais pourquoi? Garder confiance en ce que raconte quelqu'un quand il enlève ses stats publiques il y a de quoi se poser des questions non ?JPR : Comme le dit très bien la pub
FullTilt avec Ivey et Ferguson, le poker est un jeu où il faut prendre de l'information, pas en donner... Depuis que je suis passé aux Sit&Go à 100$, 200$ et plus, on y croise beaucoup moins de joueurs, on se retrouve souvent avec les mêmes... alors pas de raison de leur donner plus d'infos sur mon jeu. Là j'ai privilégié mon intérêt de joueur par rapport à une exposition médiatique..
CLP : Qu'est-ce qui vous a convaincu de vous atteler à l'écriture, quelles ont été les grandes étapes de l'élaboration du livre ?JPR : Je suis un gros lecteur, j’écris assez facilement, et j’ai toujours bien aimé transmettre mes connaissances, et les échanger avec d’autres. En ce qui concerne l’écriture au poker, cela a commencé par de nombreux posts sur Marseille Holdem, puis à l’école française de poker. J’ai découvert le plaisir de l’édition par la traduction de Harrington. Mon expérience en Sit&Go aidant, le passage à l’écriture « pure » a été assez naturel. Les grandes étapes ? Tout d’abord j’ai rassemblé tout ce que j’avais déjà écrit sur le sujet sous diverses formes, et en particulier dans le cadre du « Challenge Sit&Go EFP-
everest » de début 2008, où j’avais jeté les bases, et démontré la pertinence de mon approche. Quelques chapitres m’ont paru dès le début incontournables, en particulier comme je l’ai dit plus haut une démonstration de la spécificité stratégique des Sit & Go. C’est je crois la principale originalité du livre. Son architecture m’est vite apparue évidente : d’abord exposer les fondamentaux stratégiques, puis décrire les tactiques optimales aux différentes phases du tournoi, insister plus sur les erreurs à ne pas faire plutôt que sur des « recettes de cuisine », et une mise en perspective par le commentaire exhaustif d’un Sit & Go intégral, ce qui est à ma connaissance une première également, y compris avec l’usage d’une vidéo associée.
CLP : A quel type de joueurs vous adressez-vous ?JPR : A tous ceux qui souhaitent bien jouer en Sit&Go, et se servir des Sit&Go pour améliorer leur poker. C’est je crois la grande majorité des joueurs sur internet. Ce n’est pas un livre pour débutants, on n’y apprend pas à jouer au Holdem, Ce n’est pas non plus un livre pour experts, jouant les Sit&Go les plus cher. Quoique certains que j’y ai croisés y trouveraient peut-être de quoi corriger pas mal de choses…
CLP : Est-ce qu'il n'y a pas une contradiction entre votre intérêt de joueur et de communiquant ? Si vous éduquez la masse de joueurs, il n'y aura bientôt plus grand chose à gagner aux tables ! JPR : C’est amusant, c’est un reproche qui a été fait à David Slansky par ses pairs professionnels quand il a écrit son « Poker Théorie ». Le rapprochement est flatteur… Je ne le pense pas pour plusieurs raisons : très peu de joueurs lisent des livres, et beaucoup se fient à leur chance ou à quelques connaissances de base, y compris des joueurs très expérimentés. Un livre, aussi pertinent soit-il, n’est qu’une base de connaissance. Je suis souvent surpris de voir des élèves et lecteurs, parfaitement conscients d’un certain nombre de notions, ne pas arriver à en tenir compte en situation de jeu, et faire l’inverse ! Je dois dire que ça m’arrive encore parfois, c’est tout dire ! Si tous les joueurs de Sit & Go lisent mon livre et l’appliquent, je serai heureux… et riche !
CLP : N'avez-vous pas peur, en ayant recours à des systèmes comme la personnification des joueurs (souris, éléphants etc) et au détriment de formules plus classiques, de perdre un peu la rigueur nécessaire à une bonne caractérisation de ceux ci ? (Evaluation en % de VPIP, Win at showdown etc)JPR : La personnification, créée par Phil Hellmuth, reprise et complétée par François Montmirel, est une simplification très utile et mnémotechnique. Je n’ai jamais proposé de l’utiliser pour remplacer les notions plus techniques, toujours utiles bien entendu.
CLP : Vous prônez un jeu très, très conservateur, avec le risque, même sur un SNG de structure correcte, de se retrouver en fin de partie avec six ou 7 joueurs en mode all in. On le constate de plus en plus. Tout risque est-il vraiment exclu ? Cela veut dire qu'il n'y a pas de place pour le jeu post flop en SNG ?JPR : Le Holdem, comparé à d’autres variantes, est un jeu où les actions préflop sont prédominantes. C’est encore plus vrai en tournoi, et a fortiori en Sit&Go, de par leur structure même.
Il est vrai que ceci arrive, et je n’ai pas de recette miracle pour être toujours gagnant. Ce que je préconise, c’est une stratégie qui permet de gagner sur le long terme, ça n’évite bien entendu pas des situations difficiles comme celles que vous évoquez. Mais là aussi, des outils permettent d’aider à prendre les bonnes décisions, et ce sont une composante importante du livre : l’ ICM, le Facteur Bulle, SAGE, et bien sûr la caractérisation des adversaires… Un peu plus qu’ailleurs, le risque n’est jamais absent au poker. Une bonne stratégie permet juste de le limiter, au regard des bénéfices atteignables.
CLP : Votre livre de poker préféré ?JPR : Sentimentalement, je dirais Poker Cadillac, parce que c’est celui grâce auquel j’ai acquis les bases du Holdem. Je le relis d’ailleurs régulièrement, et je trouve impressionnant de voir à quel point on y trouve de quoi s’améliorer, au fur et à mesure qu’on le lit avec un œil plus affûté. Sinon, je dirais « Lucky Luke contre Pat Poker » : un must ! L’ensemble des Harrington, Super System de Brunson sont incontournables, et j’en ai une petite armoire…
CLP : Avez-vous d'autres projets livresques ? et au poker ? Vegas peut-être ?JPR : Je viens de me mettre d’accord avec mon éditeur pour l’écriture d’un nouveau livre à sortir début 2010, sur un sujet du poker pas encore traité non plus en français, mais je lui laisserai la primeur de l’annonce. Vegas, ce sera pour l’année prochaine… Cette année, j’ai une autre priorité : quelques projets, et une première petite-fille, Lucile, une nouvelle Marseillaise !
Cet inerview fait partie du magazine Chip Lead Poker no 2 où vous trouverez la chronique qui accompagne l'interview.