Nous étions avertis : la légalisation des rooms n'allait pas se faire sans heurts. Mais la situation semble pire que prévue.
Au poker, on dit que si au bout d'une demi-heure vous n'avez pas trouvé le fish à la table, il y a de grandes chances que ce soit vous. Au lendemain de l'ouverture des premières rooms en .fr, les joueurs ne veulent pas jouer les pigeons, et invitent au "sit-out" - le boycott des salles de jeux.
Une offre de jeu à la ramasse La limitation des jeux au seul territoire franco-français est déjà largement reconnue comme une absurdité en soi. En terme d'internet cela peut même s'apparenter à une forme de censure. En matière de poker, c'est un coup de bâton terrible porté aux joueurs. Quand on songe que sur les rooms moyennes, certains Sit'n'Gos avaient déjà du mal à se remplir, on peut franchement douter de la capacité du marché d'offrir des parties à toute heure du jour et de la nuit comme c'était le cas avant. Et en dessous d'un seuil critique de joueurs, les rooms ne peuvent décemment pas proposer de prize-pools et de packages dignes de ce nom. Jusqu'à nouvel ordre, bye bye les steps qualificatifs pour les grands séries (WSOP) et les grandes compétitions online à centaines de milliers de dollars garantis (Scoops, FTOPS). Bye bye aussi, les variantes exotiques qui faisaient le beurre des joueurs blasés du Hold'em.
Face à un temps d'attente accru aux tables, à la pauvreté de l'offre, et à l'impossibilité de se confronter à des joueurs internationaux, certains n'hésitent pas à parier sur la baisse du niveau de jeu moyen des français.
L'exemple italienCertes, on serait tenté d'affiner la situation au regard du potentiel du poker en France (1 à 2 millions de joueurs illégaux, 20% de joueurs en plus par an) et à l'aune de l'exemple Italien, qui a légalisé le poker en ligne à la mi-2008. 520 000 joueurs à la fin 2009 pour une vingtaine de rooms, ce n'est pas ce que l'on peut appeler le désert. A voir. 64% d'entre eux seraient des joueurs occasionnels, et 13% des joueurs réaliseraient 80% du chiffre d'affaires. Et sur des rooms comme
PokerStars.it - donc pas la plus à plaindre - le nombre de joueurs connectés en même temps aux tournois payants ne dépasserait pas 6 ou 7000 joueurs en heures de pointe. On en vient même à se demander si certaines nouvelles rooms d'initiative française ne partent pas dans le mur dès le départ, faute de perspectives de développement à l'international.
"L’Italie, 2 ans après l’ouverture de son marché des jeux en ligne, a pu établir que la majorité des opérateurs, en particulier ceux du poker en ligne, sont dans l’impossibilité de dégager des marges suffisantes pour être viables économiquement. Prélevés directement sur les mises, le système mis en place par le gouvernement italien étouffe les profits de ces compagnies", écrit Igaming France.
C'est pourquoi le pays a dans un deuxième temps ouvert le cash-game selon une taxation du Produit Brut des Jeux, et non pas à la source comme c'est le cas chez nous.
Ciel, mon rake !C'est là le deuxième et principal grief des joueurs envers l'ouverture des jeux : l'augmentation du rake, le montant prélevé par la maison sur les jeux. Un élément crucial au poker, qui détermine une partie des gains. Vu la taxation de l'état, il est normal que ce montant soit un peu plus élevé que sur les room du temps du ".com". Mais au moment où nous écrivons ces lignes, il apparaît que certaines rooms joueraient les vilains petits canards en profitant de la taxation de l'Etat (2%) pour faire de la marge !
Un comparatif de Wam-poker sur
Winamax,
PokerStars, et
Bwin laissent apparaître des différences flagrantes.
En Sit'N'Go (hors double or nothing) et MTT, alors qu'on observe un rake "raisonnable" de 11,11% sur
Winamax et
Bwin quel que soit la limite, celui de
PokerStars oscille entre 25 % (en micro-limite) à 8,70 % (en haute-limite), une situation similaire à
Everest Poker (mention spéciale aux tables Usluga, 5,75 euros soit un rake de 15% !).
---- EDIT : le 3 au soir, suite aux plaintes des joueurs, PokerStars annonçait avoir revu son rake à la baisse : de 13,64% sur les micro limites à 6,95% pour les high stakes. Les joueurs de SNG Heads Up restent quant à eux les plus lésés, avec un rake qui passe de 4,5% sur le .com à + de 8% sur le .FR. Le porte parole de
PokerStars Antoine s'en est expliqué ainsi : "Dans la plupart des cas, avec cette nouvelle structure, il a été choisi
de ne pas répercuter la totalité de la taxe en plus du rake. En
contrepartie certains rakes, particulièrement bas sur le .COM, ont été
sensiblement augmentés".
En clair, sur certaines rooms, "les petits joueurs" récréatifs en dessous de 10 euros le buy-in, avec un budget loisirs en ligne de quelques dizaines d'euros par mois, se font littéralement escroquer. Et il sera beaucoup plus dur de monter une bankroll. Un comble pour des offres issues d'un projet de loi qui visait à protéger le consommateur !
En cash game, on passe à 5% de prélèvement sur
Winamax avec ou sans flop à 2% sans flop (cappé à 1 euro) aux environs de 7,50% avec flop sur
PokerStars. Un crime pour les joueurs réguliers, qui verront leur taux de gain horaire grandement amputé. Surtout que le décret gouvernemental prévoit à terme la disparition de la règle du "No flop no drop", (pas de flop, pas de prélèvement), pourtant pilier du poker en ligne.
Ils sont déjà nombreux à discuter de toutes les combines possibles pour pouvoir continuer à jouer sur les .com, quitte à émigrer. Une campagne lancée sur Club Poker invite à un sit-out général - ou grève - autour des tables de Pokerstar ce dimanche de 18 à 21h.
Voilà qui ne sent décidément pas très bon pour le poker français...
Et vous, vous avez créé vos comptes en .fr ? Vous jouez sur une petite room outsider comme
Bwin,
PartyPoker, Luckyjeux,
Chilipoker ? Faites-nous part de vos expériences sur les jeux et les rakes proposés, en cash et en SNG. Rappel, en SNG, les noobs des maths comme nous trouveront le pourcentage de rake avec une petite règle de 3 : (Montant du rake) x 100 / Buy-in de la partie (sans le rake)
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