Les WSOP ne seraient pas les WSOP sans leur lot de
polémiques, de scandales. Ainsi, cette année, Daniel Negreanu et le
blog Pokerati ont jeté un pavé dans la marre en portant tout haut
le mécontentement des joueurs quant au coverage officiel des WSOP
effectué par PokerNews, et des chips-counts en particulier.
Tribune
ouverte, en collaboration avec Pokerati.com

Le coverage officiel des WSOP ? Un travail fait à l'arrache pour Negreanu, le sommet de l'iceberg selon Pokerati.
A Negreanu qui peste contre l'amateurisme de
Pokernews, comme un enfant gâté, Pokerati répond qu'il est à côté
de la plaque : ce n'est pas une affaire de compétences, mais de
moyens. Ce point de vue nous a paru très important. Au delà des
WSOP, il met en lumière les liens tenus entre médias et pokerrooms,
et dénonce les carences de la presse spécialisée poker, finalement
soumise aux mêmes problèmes que sa grande soeur, la presse
d'information généraliste. Crise de la presse, embouteillage
d'acteurs sur le marché, pratiques internet douteuses – billets
copié-collés les uns sur les autres, aucune vérification des infos
– le sujet est plus grave qu'il n'y paraît. Pour un média
sérieux, combien de copieurs ? Pour un Benjamin Gallen, combien de
wannabes à peine sortis de leur bac et payés au Smic ? Pour une
information, combien de liens d'affiliation ? Combien d'entre nous
serons encore là dans 5 ans ? N'allez pas croire que nous nous
contentons de distribuer les bons et les mauvais points. La rédaction
de Chipleadpoker, entièrement composée d'amateurs qui ont une autre
activité à côté, s'inclut dans cette réflexion, sait qu'elle a
encore un long chemin à faire pour atteindre ses ambitions. Il en va
de la qualité de l'information, et de la reconnaissance d'un milieu
tout entier à l'heure où le poker doit se faire une place et une
respectabilité dans une société décidément obsédée par les
loisirs et le gain.
En attendant que Chiplead se voit offrir un contrat
de financement en or par une (ou plusieurs) rooms qui lui
promettaient une indépendance éditoriale totale, ou bien de pouvoir
faire de la pub pour des grandes marques dont l'image n'est pas liée
aux jeu (Orange, Danone, si vous nous lisez...) nous vous faisons
partager cette réflexion de M. X, joueur de poker pro, avec la
bienveillante autorisation de Dan, webmaster de Pokerati.
- Jeremy
Daniel Negreanu a raison malgré lui (le coverage
des WSOP ne se limite pas à des chip-counts à jour)
Sur son blog, Negreanu écrit : "Sérieux,
si tout ce que Pokernews avait à gérer se limitait aux chip counts
sans les descriptions de mains, mais que les chip-counts étaient
justes, il y a pas photo, ce serait vraiment un bien meilleur
coverage".
Le taf du journalisme poker n'est pas de la science
de haut niveau. C'est 50 % d'effort, 50% de talent, tout deux
méprisés par la plupart des gens qui jouent ou s'informent sur le
poker. Un métier encore jeune, bâti sur le respect pour des gens
doués comme Andy Glazer et Nolan Dalla. Il a ses bons écrivains,
comme ses mauvais, mais il s'agit d'un artisanat pour lequel très
peu de gens ont montré un réel talent – et ces gens là sont
souvent récompensés par tout juste assez de travail pour remplir
leur frigo. Parce que derrière eux ça se bouscule au portillon, et
qu'en retour, les medias spécialisés savent qu'ils peuvent faire
pression sur les salaires. Comme tout business, les gens offrent du
journalisme pour faire du profit, et s'il n'en font pas, alors il est
peu probable qu'ils maintiennent leur activité.
Ne nous y trompons pas : la plupart des
médias mainstream existent grâce et sous le contrôle des rooms
online
Sans le financement direct ou indirect de compagnies
comme Full Tilt Poker ou PokerStars, la plupart des magazines de
poker et des sites spécialisés plongeraient en 6 mois à tout
casser. Ceux qui croient lire des reportages objectifs pourraient
s'amuser d'apprendre que des magazines sont entièrement (et
discrètement) financés par les seules rooms de poker. D'autres
magazines vendent leur couvertures au sein d'un contrat publicitaire.
Ce n'est pas une question d'information. Mais de comment les
magazines peuvent créer des recettes "non traditionnelles"
pour rester rentables.
PokerNews – le media officiel des World Series Of
Poker – n'est pas plus différent qu'un autre. Il existe par la
seule volonté des rooms online. La majeure partie de ses recettes
provient du système d'affiliation avec les rooms de poker. Sa
branche coverage de tournois fonctionne à perte, et c'est un
euphémisme. Si ce n'était par le financement prodigue d'une
compagnie de poker online, la rubrique live coverage de Pokernews
aurait été dissoute il y a plus d'un an.
PokerNews détient les droits exclusifs du coverage
des WSOP. Il dépense beaucoup d'énergie pour conserver ce
monopole. Les restrictions exercées sur les journalistes concurrents
sont draconniennes. La plupart du temps, les autres boîtes ne sont
autorisées qu'à 3 accréditatons. Les photos sont encadrées de
près, et les photographes extérieurs à PokerNews n'ont qu'un accès
limité à l'action. Les journalistes qui ne font pas partie de la
cabale PokerNews sont limités pour les posts d'information à jour.
Les lives updates sont verboten (interdites).

Pourquoi ? Parce qu'il est possible qu'une autre
compagnie prenne la place et fasse mieux son boulot. Laisser
quiconque entrer dans l'arène pour couvrir les WSOP menacerait la
réputation de PokerNews. Cela prouverait sans doute possible que le
job pourrait être mieux fait. Les propriétaires de Pokernews –
comme ceux de CardPlayer quand ils avaient l'exclusivité – font
tout ce qu'ils peuvent pour s'assurer le contrôle complet de
l'information. PokerNews a vu ce qui était arrivé à CardPlayer
après son essai calamiteux en 2006. Ils se sont faits remplacer, et
à juste titre.
Là dessus, Daniel Negreanu a raison. Les efforts de
PokerNews durant cette première partie des WSOP 2010 n'ont pas été
à la hauteur des attentes. Mais ce n'est cependant pas la faute des
reporters et rédacteurs sur le terrain. Leurs journées sont longues
et harassantes et ils font de leur mieux au vu des circonstances. Si
une info est éronnée ou incomplète, ce n'est pas parce qu'ils sont
paresseux ou incompétents. Mais parce que PokerNews a choisi de
profiter de son contrat avec les WSOP en dépensant le moins d'argent
possible pour faire son taf. Et surtout, les WSOP laissent PokerNews
s'en tirer à bon compte.
Les soldats sur le front – les rédacteurs, les
reporters de coverage, les chefs de rubrique etc – savent comment
PokerNews devrait tourner. Couvrir correctement les WSOP demande une
équipe de compteurs de jetons dédiée qui n'ont pas à se
préoccuper des cartes, une équipe de reporters et rédacteurs qui
se préoccupent des stacks uniquement dans le contexte d'une main
jouée, et une équipe de superviseurs qui s'assurent que tout ça
soit compréhensible et correct. On ne parle pas là d'innover, ça a
déjà été fait par le passé. Tout ce qu'il faut, c'est mettre
l'argent sur la table. Actuellement, PokerNews refuse de le faire.
Ses reporters travaillent tellement dur sur la moitié du boulot
qu'ils ne peuvent pas correctement assurer l'autre partie. C'est
impossible.
Mettre sur pied une organisation ad hoc
forcerait PokerNews à rogner sur ses profits, ou les WSOP à
investir sur une compagnie souhaitant déployer les moyens adéquats
pour couvrir l'événement convenablement. Au lieu de ça, le
coverage entier est laissé sous la responsabilité de reporters et
rédacteurs compétents, qui sont tellement sous pression et manquent
tellement d'argent qu'ils ne peuvent pas faire correctement leur taf.
Résultat, le mécontentement autour des tables s'est vu officialisé
et jeté en pâture au public par Negreanu. On se contentera de dire
que la plupart des gens concernés, ceux qui s'escriment à la
tâche, devraient tout laisser en plan en dressant leurs majeurs bien
haut.
Il ne le feront pas, parce qu'ils ont besoin de
manger, et qu'ils aiment le jeu. Ils s'accrochent parce qu'ils
pensent être les meilleurs dans ce qu'ils font. Qu'on leur donne les
ressources nécessaires et un système équitable, et ils pourraient
faire un meilleur travail en solo que sous le reigne de PokerNews.
La solution ? Il y en a beaucoup. Les WSOP
pourraient ouvrir le floor à n'importe quelle autre compagnie pour
faire du meilleur boulot, ou bien PokerNews pourrait mettre l'argent
qu'il faut. Est-ce que ça arrivera ? Peu probable. Mais les chances
seront meilleures si des gens comme Negreanu critiquent les bonnes
personnes. (...) A la place, Negreanu suggère que PokerNews devrait
se limiter aux chip-counts, une suggestion plus ou moins tacite que
les reportes sont incompétents.
(...) Daniel Negreanu doit des excuses aux médias
poker. PokerNews doit des excuses à ses lecteurs. Les WSOP doivent
des excuses à leurs fans. Le problème ne vient pas des reportages :
il est le syndrome d'un échec structurel, alimenté par l'avarice et
l'ignorance, et ce ne sera pas réglé tant que quelqu'un d'important
ne se lévera pas pour forcer les choses à changer.
Negreanu, je vous invite gentiment à faire la
différence.
- Un pro anonyme sur Pokerati.com
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